Moments de grâce

P., 40 ans, me consulte au départ pour des difficultés relationnelles au sein de son couple. Très rapidement il en vient à me parler de ses ruminations douloureuses quant à ses relations avec ses parents et plus particulièrement avec sa mère. Il lui en veut. Il lui en veut de ne pas avoir été suffisamment présente, d’avoir préféré son frère aîné, de ne pas l’avoir soutenu dans ses choix de jeune adulte. Depuis quelques séances, nous nous consacrons à cette rancoeur bien ancrée, lorsque surgit à lui, au cours d’un traitement EMDR, la conscience d’un schéma de pensée profond.

1ère étape :  Il me dit qu’il s’est construit dans et grâce à une opposition à sa mère, et qu’il en est fier. « Et si je n’ai plus à m’opposer à elle, que me reste-t-il ? »

2ème étape : « Je me pensais plus fort que ça. En fait, c’est à moi que j’en veux de m’être montré si faible. »

Moment de grâce qui lui permet, soudain, d’accéder à une vérité intérieure et à un état plus adulte.

Toutes nos émotions sont légitimes, mais en l’occurrence ses émotions réactionnelles lui cachaient une autre émotion intime, peu glorieuse : une certaine honte. Ainsi se réalise le travail thérapeutique. Continuer à en vouloir à sa mère est sans issue ; ils en souffrent tous les deux. Elle, impuissante, lui répète en boucle qu’elle l’aime et lui, claquemuré dans sa rancune, ne peut entendre cette affection.

L’opposition lui fut nécessaire à une période de sa vie ; il peut passer à autre chose. Faire la paix avec lui-même en acceptant ce maillage de force et de faiblesse lui permet de libérer énergie et lucidité.

Comment le passé fait mal au présent

Nos souvenirs douloureux ancrés dans nos réseaux de mémoire peuvent être perçus comme des traumatismes émotionnels.Notre cerveau, malgré toutes ses compétences fabuleuses, ne parvient pas toujours à traiter ces informations associées à des expériences singulières. Ces souvenirs restent là, quelque part, parfois, souvent peut-être, dormants.

À partir de ces expériences nous bâtissons des croyances, hélas dysfonctionnelles : je suis nul(le), personne ne m’aime, je vaux moins que les autres, je ne suis pas capable, etc. C’est une petite musique de fond qui se joue plus ou moins en sourdine au quotidien. Notre passé nous fait mal au présent.

La résurgence du passé se manifeste parfois de manière plus spectaculaire, comme un tremblement de terre, lorsqu’un événement particulier entre soudainement en résonnance avec une blessure émotionnelle. De manière impromptue, à notre insu, nous sommes en sur-réaction : crises d’angoisse, attaques de panique, violences verbales ou physique, symptômes psychosomatiques… ; « nous pétons un câble », « nous partons en vrille », nous tombons malades. À nouveau, notre passé amplifie la douleur du présent.

L’Emdr est un magnifique processus thérapeutique qui nous aide à cicatriser nos blessures émotionnelles originelles. En cascade, peu à peu, nos croyances dysfonctionnelles se déconstruisent. Le passé retourne à sa place, dans le passé.

Nous sommes disponibles pour vivre le présent avec lucidité.

10/03/2018

Comment nos jugements rapides nous leurrent

Notre esprit se raconte quasi en permanence des histoires  sur nous et ce que nous vivons avec une grande aisance. C’est indispensable car cela donne du sens et structure notre réalité. En revanche, il se contente la plupart du temps de très peu d’informations pour se convaincre de la véracité de son histoire. De nombreux biais agissent :
  •  L’insuffisance : La dernière personne que vous avez jugée sympathique ou au contraire sans intérêt ; sur quelles informations avez-vous établi votre jugement ? Et vous, avez-vous souffert de jugements que vous avez ressentis comme injuste ? On tient compte de ce qu’on voit ou entend et rien d’autre. Nous ne prenons pas en compte le fait que nous disposons de très peu d’informations.
  •  Le cadrage : que pensez-vous des deux phrases suivantes : « les chances de survie un mois après l’intervention chirurgicale sont de 90 % » et « la mortalité est de 10% dans le mois qui suit l’intervention chirurgicale ». Elles sont équivalentes et pourtant ; laquelle vous rassure le plus ?
  •  La disponibilité : À cause de la coïncidence de deux accidents d’avion le mois dernier, maintenant elle préfère prendre le train ou pire sa voiture. C’est ballot. Elle devrait s’intéresser aux statistiques ; c’est un biais de disponibilité.
Source : « système 1 et système 2. Les deux vitesses de la pensée. » Daniel Kahneman